La peau d'ours.le 2019-08-17

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Demain, ou après-demain, dans une semaine, dans un mois ou dans plusieurs, je tendrai le bras vers ma Win­chester accrochée au mur sur deux andouillers, je poserai soigneusement au creux de mon bras la Winchester chargée et je quitterai le chalet — en Alaska il n’en existe que deux présentant ce luxe —, je descendrai lentement le chemin jusqu’au lac entre les fougères et les sapins, je resterai un moment à observer la surface du lac, avec le glacier au fond, le ponton et sa pompe à essence, le petit hydravion vert et blanc amarré à l’extrémité dans le crachin qui fera de la buée sur son fuselage, et des ronds dans l’eau comme si des pois­sons venaient à la surface manger ou boire — cependant, je n’ai jamais attrapé un seul poisson dans ce lac aux eaux som­bres qui me sert d’aérodrome. Je resterai là ma carabine à la saignée du bras, à renifler l’odeur d’essence et à regarder mes lunettes de pilote bordées de fourrure, accrochées au pare-brise. Une fois de plus je regarderai dériver le petit hydravion, avec la suie sur le capot, les traces de corrosion sur les flotteurs, le poids de la buée sur les ailes, et les lunettes qui se balancent doucement derrière le Plexiglas jauni.

Bien d’aplomb sur mes pieds, je viserai un flotteur puis l’autre. Encore deux balles. Puis encore deux. L’écho se répercutera à travers le lac jusque sur les falaises de glace avant de s’éteindre. Assise sur le ponton humide, je verrai les flotteurs s’enfoncer, l’hydravion piquer du nez, la queue en l’air, avant de s’enfoncer sur le côté, jusqu’à ne plus laisser qu’un morceau d’empennage au-dessus des eaux sombres. Inutile de suivre la lente disparition de l’hydravion, avec les lunettes et le vieux blouson de vol encore à l’intérieur.


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Commentaires :

Jean le 2019-08-27Signaler

Je suis super content de votre retour !

Roméo le 2019-08-27Signaler

Je valide !!

Le méchant le 2019-08-27Signaler

Mais non !! je veux t'as mort...