L'avalanche dorée.le 2019-08-17

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Je poserai la Winchester contre la pompe à essence, je passerai la main dans mes cheveux bruns tout humides, puis sur ma hanche, et je m’en irai, en laissant l’hydravion submergé et la porte de mon chalet ouverte.

J’abandonnerai l’Alaska-Yukon Gamelands, bordel com­posé de caravanes disposées autour de mon luxueux chalet, avec ses neuf pensionnaires et ses neuf caravanes Mastodon, je quitterai l’Alaska pour toujours et j’irai en France. Champs de bataille, monuments aux morts, vignobles, châ­teaux, chevaux, un amant, tout ce qui constituait le passé de mon père — je boirai tout jusqu’à la dernière goutte de rubis moi, Sunny, dans mes jeans moulants et mon tee-shirt marqué d’une fleur de lis entre les seins.

Pas de soutien-gorge, des lunettes de soleil, un accent fran­çais. Une fille de l’Alaska bien dans sa peau en France.
Mon père nous emmena en Alaska, ma mère et moi, juste après l’effondrement de la Bourse en 1929. Il n’aurait pas eu besoin de quitter le Connecticut, ni à ce moment-là ni jamais, même si cette année-là son plus jeune frère, le favori des Deauville boys, comme tous les amis de la famille l’appe­laient, devait se suicider sur un court de tennis au petit matin ; et deux des amis intimes de mon père, un paysagiste amateur et l’autre un buveur qui avait entrepris d’éliminer les cheminées d’usine grâce à l’emploi de petites machines économiques capables d’expédier les échappements nocifs à des altitudes supérieures à celles des plus hautes cheminées, se suicidaient aussi au cours de la semaine en question. Le peintre passa sa tête au travers d’une toile inachevée et, cette toile lui faisant comme une somptueuse fraise, il se tira une balle dans la tempe.


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Commentaires :

Jean le 2019-08-27Signaler

Pas mal ce chapitre...

Le méchant le 2019-08-27Signaler

A bas l'avalanche dorée !!